Croix détruites : "Je suis indigné et triste pour eux"

Communiqué de l'Evêque de Perpignan-Elne sur la destruction des croix du Carlit et du Cambre d'Aze.

 

Absent de Perpignan pour quelques jours, j’ai été mis au courant par mes collaborateurs et par la presse locale de ce scandale lâche, ignoble et sans nom qui s’est produit au sommet du Carlit où des individus n’ont rien trouvé de mieux que de scier la Croix plantée en 2015 par les militaires du CNEC alors qu’il l’avaient payé, fournis tout le matériel pour sa pose et obtenus les autorisations du Conseil Départemental et du Parc Naturel.

Certains, au nom du respect de la laïcité, avaient déjà demandé que cette Croix et d’autres d’ailleurs plantées sur les sommets de nos montagnes, soient retirées, en faisant appel à la force publique au travers de pétitions.

Ce n’est plus utile, puisque des « mercenaires », s’en chargent. Ils sont donc quelque part exaucés !

Si la République est offensée par ses croix, je lui demande pardon. Mais qui va demander pardon aux catholiques et plus largement à tous les chrétiens qui confessent dans la Croix, le symbole de leur foi.

Ne pensez-vous pas qu’ils ont été affectés par un geste aussi odieux ? Ils n’ont que le droit de se taire ? Et bien pour eux je ne me tais pas !

Qui va demander pardon pour atteinte à leurs convictions religieuses ? Celles et ceux qui ont signé les pétitions pour défendre la laïcité ?

Franchement, je me demande si l’on n’est pas en train de se tromper de combat !

C’est une tradition très ancienne que des croix soient plantées au sommet de nos montagnes, pas seulement en pays catalans, mais ailleurs. Ceux qui défendent une laïcité de stricte observance, passent-ils tous les jours devant ces croix pour en être choqués ? Cela les dérangent-ils vraiment ? Où n’est-ce qu’un combat idéologique de quelques «laïcistes » purs et durs?

Ceux qui plantaient ces croix avant 1905 étaient dans la tradition. Et ceux qui les plantent après ne le sont plus, voire, sont dans l’illégalité, comme si les lois de 1905 avaient mis fin à la tradition ?

Il faut savoir que ces croix ont été posées sur nos sommets par des militaires et de simples citoyens. Oui, ils l’ont fait par traditions et après ? Faut-il alors les traduire devant la justice pour outrage à la laïcité ?

Sont-ils aujourd’hui au banc des accusés pour les avoir posés ou victimes de ce scandale odieux ?

Il y a dans ce département et dans d’autres des gestes naturels, spontanés, qui font partie de notre culture locale, et qui sont posés, non par provocation, ni pour contrevenir à la loi, mais parce qu’ils sont reliés à notre histoire propre.

Et, je tiens à le préciser, il y a des croyants mais aussi des incroyants qui s’associent à la pose de ces croix.

Tous n’y voient pas qu’un signe religieux, mais un simple repère, un lieu de ralliement, un symbole.

Je connais des fervents défenseurs de la laïcité qui n’hésitent pas pour la St Jean-Baptiste à apporter leurs fagots de bois à la Croix du Canigou. Sont-ils en contradiction avec leurs principes ? Je pense qu’ils ne se posent même pas la question, parce que c’est une tradition qui fait partie de leur culture.

Quant aux auteurs de ce délit, je suis triste pour eux !

Ils ont suscité leur petit effet puisque la presse en parle, mais quel manque de courage de ne pas se montrer à visage découvert pour faire valoir des revendications qu’eux estiment justes. Je n’en dirai pas plus car ils ne méritent pas qu’on leur donne trop d’importance !

Aujourd’hui les croix ne sont pas plantées que sur le sommet de nos montagnes, mais dans la vie des migrants, des chômeurs, des malades, des handicapés, des gens de la rue, des familles sans ressources , des jeunes en grande précarité, des croyants persécutés, etc. C’est pour ces croix là qu’il nous faut mener le vrai combat pour faire valoir leur dignité.


Monseigneur Norbert TURINI
Evêque de Perpignan-Elne

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