Messe du Saint Esprit : « Dieu divinise ce que l’homme humanise »

Messe du Saint Esprit : « Dieu divinise ce que l’homme humanise »

By vincent in A la une, Actualités, Actualités & Évènements, L'évêque, News, Non classé on 28 janvier 2022

La messe du Saint Esprit qui réunit les membres de l’association des juristes catholiques du Barreau de Perpignan a été célébrée vendredi 28 janvier par Monseigneur Turini en l’église Saint Matthieu.

« Monsieur le Bâtonnier, Madame la Vice-Bâtonnière, Mesdames et Messieurs, membres des Corps Constitués, Sœurs et Frères, chers amis,

La plupart, parmi vous, sont avocats ou ont commencé leur carrière au barreau comme tel. Et dans toute profession, il me semble important de revenir aux commencements. Ce n’est pas du temps perdu.

Au commencement, il y a toujours un désir. Le Pape François en donne une très belle et juste définition dans sa dernière homélie pour l’Epiphanie : « Le désir, dit-il, c’est garder le feu qui brûle en nous et qui nous pousse à chercher au-delà de l’immédiat, au-delà du visible ».

Brûler du désir d’accomplir et de réussir sa vie dans ses choix familiaux, professionnels ou spirituels concerne tout un chacun. Tout commence par là.

L’on peut certes, choisir sa profession par opportunité, mais avec un risque : l’absence de ce feu intérieur qui embrase une vie et lui donne du sens, une consistance, un but, qui rend ma vie désirable et heureuse.

Revenir à son premier désir, dans les moments difficiles d’une existence, c’est un retour à la source pour y retrouver les fondements de ce qui a motivé mes choix, me permettant de devenir celui ou celle que je suis aujourd’hui.

Retrouver ce dynamisme et cette force des commencements, les rechercher en soi est un travail sur soi nécessaire pour relire votre engagement au service de la justice.

Souvent je le dis aux prêtres et je me le dis à moi-même, dans les heures sombres qui ne manquent pas dans une vie sacerdotale ou épiscopale : « reviens à la source, refais mémoire de ton premier oui, celui par qui tout a commencé. Cela t’aidera à retrouver courage et ferveur, à repartir sans te laisser anéantir par les épreuves ou succomber à la tentation d’une vie répétitive, sans joie, sans âme, routinière qui tue toute passion, tout enthousiasme et toute créativité ».

Ce désir a pris forme, a pris corps pour vous le jour où vous avez prêté serment. Autrefois, il y a bien longtemps, au temps de l’empereur Justinien, vos prédécesseurs prêtaient serment sur l’Evangile. Dans une France laïque et républicaine, cela ne se fait plus.

Mais dans le contenu de ce serment que je ne connaissais pas, je l’avoue et que je trouve sobre, fort et beau, j’ai retrouvé les 5 engagements qui, j’allais dire, ont une valeur universelle même pour d’autres professions et pour toutes vocations. Une valeur qui trouve pour moi sa résonnance dans les Evangiles.

Ces 5 engagements entrent en dialogue tout particulièrement pour moi, avec une parabole, celle du Bon Samaritain qui vient d’être proclamée.

1-La dignité : On peut l’appeler aussi force et grandeur d’âme. Elle illustre la conduite de celui qui, par son attitude, les choix qu’ils posent, les gestes qu’il accomplit, les paroles qu’ils prononcent, donnent ses lettres de noblesses à son humanité, à sa profession et les rend crédible. On dira de lui, c’est un grand monsieur, une grande dame, un grand avocat parce qu’il agit dignement et défend autant la sienne que celle de la personne qui a recours à lui et si elle l’a perdue, il l’aidera à la retrouver.

C’est ce qui se passe dans le comportement du Bon Samaritain. Alors que le prêtre et le lévite sont coupables de non-assistance personne en danger, le Samaritain lui assure les premiers secours, prends soin de lui sur le champ et dans la durée, jusqu’à son retour en assumant les frais supplémentaires engagés par l’aubergiste.

Quelle dignité dans cette conduite irréprochable et quel respect de la dignité de l’homme abandonné sur le bord du chemin qu’il prend en charge jusqu’au bout.

2-La conscience : Il ne s’agit pas de se donner simplement bonne conscience. La bonne conscience est une sorte d’arrangement avec nous même pour justifier notre comportement afin ne pas répondre à un appel, à une urgence, à une sollicitation qui nous dérangent. Ainsi nous trouvons les bons arguments pour convaincre et nous convaincre que l’on ne pouvait pas faire autrement, ni rien de plus. En fait, on laisse croire que l’on a fait quelque chose, alors qu’en réalité on n’a pas fait grand-chose, ou que l’on n’a rien fait du tout.

C’est la bonne conscience du lévite et du prêtre qui pour rester purs ne pouvaient pas se souiller en touchant un corps sanglant. Ils s’abritaient ainsi derrière le Lévitique. Imparable.

La conscience c’est autre chose. On agit en son âme et conscience quand le cœur et la raison s’unissent et perçoivent que dans certaines circonstances, je ne peux pas faire autrement que de prendre la défense d’autrui et de ses intérêts, quitte à courir des risques. C’est la voix intérieure qui monte du sanctuaire de mon cœur, là où murissent les pensées, où s’opèrent le discernement, me confirmant que c’est ce choix que j’ai à faire, cette décision que je dois prendre.

Le Bon Samaritain devant cet homme gisant à terre, sait au plus profond de lui-même que dans ces circonstances, le seul choix qui s’impose à lui, c’est de le prendre en charge, de l’accompagner. Il ne se donne aucune excuse, aucune bonne raison, aucun prétexte pour continuer sa route. Il s’arrête, change ses plans et lui prodigue les premiers soins, le place sur sa monture et le conduit vers un endroit plus sûr.

3-Etre indépendant, c’est agir en homme libre en suivant un cap. Votre serment trace le cap de votre mission. Dans le respect de ce cadre, vous avez la liberté et le devoir de vous laisser ni influencer, ni manipuler par personne pour assurer à vos clients, les meilleurs conseils et la meilleure défense. C’est une garantie que vous leur offrez.  Mais, je mesure combien dans notre société il est difficile d’échapper aux influences, aux compromis, voire aux arrangements. Surtout ne jamais en devenir prisonniers pour conserver cette liberté d’agir dans le respect du droit et de la personne à défendre. Liberté qui donne de l’audace, du courage. L’homme libre est toujours ami de la vérité.

Les Samaritains et les Juifs étaient des ennemis jurés. Les uns adoraient Dieu sur le Mont Garizim, les autres à Jérusalem. Chacun avait ses coutumes et ses lois et tout les séparait. Cependant, rien de ces divisions et de ces oppositions religieuses ne peut arrêter la détermination du bon Samaritain quand une vie est en jeu : que l’homme qui souffre soit d’ici ou de là-bas, qu’importe. Quelle liberté, quelle indépendance pour être aller aussi loin dans la proximité avec ce grand blessé qui était un inconnu pour lui et de qui il s’est fait si proche en lui consacrant tout son temps, son énergie.

4-Probité :  Nous détenons tous une autorité, des prérogatives : de quelle manière les vivons-nous ? Sous le mode du pouvoir ou de celui du service ? Le Samaritain a un cœur intègre, ouvert à l’autre. Il ne s’en sert pas pour se faire valoir, mais il met toute son énergie à son service et ne profite pas de la situation pour en tirer profit. Au contraire, il donne de lui-même et prend sur ses propres biens. Il est vraiment au service de celui qu’il prend en charge et il peut être en paix avec lui-même. L’exercice du pouvoir peut corrompre, s’il n’est pas vécu en priorité comme un service que l’on doit remplir pour le bien commun, pour le bien d’autrui. L’honnêteté et l’intégrité sont deux antidotes puissants contre tous les abus de pouvoirs qui conduisent à des comportements dévoyés, voire pervertis. Le Samaritain a une conduite droite. Il ne se juge pas supérieur à celui qui est à terre, mais il le considère comme s’il était son propre frère, à son image. Il lui fait le don de sa proximité. L’honnêteté, la probité, la transparence font appel au meilleur de l’esprit humain. On peut les recevoir comme des grâces en invoquant l’Esprit Saint. C’est le jour où jamais !

5-L’humanité : une humanité sans amour conduit à la tyrannie. S’il me manque l’amour dit l’Apôtre Paul, je ne suis rien, je peux être vivant, mais je ne suis pas humain. Nous croyons en un Dieu qui s’est fait homme et la divinité du Christ transparaît dans son humanité qui va se donner jusqu’à l’extrême de l’amour.

L’attention aux pauvres, aux faibles, aux malades, aux exclus à tous les blessés de la vie : oui Jésus a élargi son cœur à tous. Alors nous comprenons que le visage du Bon Samaritain reflète celui du Christ. On peut dire en un sens que Dieu seul est vraiment humain « parce qu’il aime chaque personne d’un amour infini et qu’il lui confère une dignité infinie, rappelle le Pape François dans son encyclique Fratelli Tutti, l’amour qui brise les chaînes qui nous séparent, en jetant des ponts. Un amour qui a saveur de compassion et de dignité. Notre existence à tous est profondément lié à celle des autres : la vie n’est pas un temps qui s’écoule, mais un temps de rencontre » poursuit encore le Pape.

En prenant soin du blessé sur le chemin le Samaritain fait preuve d’une belle humanité. En le soignant, en l’aidant comme il le fait, non seulement il le traite avec humanité, mais en quelque sorte il la lui rend et la sienne grandit d’autant. Le grand jésuite que fût le Père François Varillon écrivait à la fin de son livre « Joie de croire, joie de vivre » : « Dieu divinise ce que l’homme humanise ».   AMEN