Messe pour le festival Pablo Casals : Une dernière pour Mgr Turini

Messe pour le festival Pablo Casals : Une dernière pour Mgr Turini

By Olivier Robert in A la une, Actualités, Actualités & Évènements, Non classé on 14 août 2022

 

L’Église  paroissiale St Pierre était comble pour participer à la traditionnelle Messe du Festival de musique Pablo Casals .L’office fut concélébré par Monseigneur Turini Administrateur du diocèse de Perpignan-Elne et du clergé du Conflent ( Père Martin Gabet curé de Prades, Père François Glory curé d’Ille / Têt , des diacres paroissiaux Pascal et Marc ) .

L’homélie de Monseigneur Turini fut un vibrant et émouvant éloge à la musique , langage universel de toutes croyances , à la beauté et à l harmonie du monde dont Pablo Casals fut l’ambassadeur incontesté de la Paix et de l ‘espérance . La messe fut accompagnée avec ferveur et brio par les chorales : Altitude et Maîtrise St Joseph apportant un moment de grâce et de foi à l assemblée .S. A

A la sortie de l office Monseigneur Turini entouré du clergé a pu dialoguer avec les paroissiens

Ci-dessous l’homélie de Mgr Turini

HOMELIE DU PERE EVEQUE MESSE DU FESTIVAL PABLO CASALS 72° ANNIVERSAIRE EGLISE DE PRADES DIMANCHE 07 AOÛT 2022

Sœurs et Frères,

La musique est un langage universel qui n’a pas de frontière. Elle nous rassemble

  • autour des plus grands compositeurs comme des plus modestes,

  • autour de grands interprètes, comme de débutants,

  • autour d’œuvres très connues et d’autres qui le sont moins.

Dans une salle de concert, dans une église ici ou à l’autre bout du monde, la musique rapproche des hommes et des femmes

  • de tous horizons,

  • de toute sensibilité,

  • de toute croyance ou pas.

Avec leur histoire propre et leurs différences, ils communient ensemble à la beauté et à l’harmonie d’une œuvre.

« La musique créée en nous une émotion et même si elle ne dure pas elle nous comble parfaitement et ressemble

à quelque chose d’éternel ». (Mgr Jean-Louis Bruguès, … Voici la lourde nef, Conférences Carême 2022, ND de Paris, le Cerf)

Pablo Casals l’avait compris au point que ce langage universel de la musique, il l’a mis au service de la paix. Il en a été le talentueux interprète avec son violoncelle et le merveilleux ambassadeur avec sa forte personnalité.

La musique était pour lui un gage de paix entre les hommes et toute sa vie il a milité pour cela.

Participer au Festival Pablo Casals que l’on soit artiste ou auditeur nous conduit à accueillir ce message du Maître, pour en être les héritiers et les protagonistes.

Repartir du Festival avec le bonheur d’avoir écouté de la belle musique, c’est bien, mais devenir à notre t

our des chantres de la paix comme lui, c’est mieux.

Au moment où je célèbre ma dernière messe du Festival avant de gagner Montpellier, ce que je vous partage je l’ai appris de ce Festival et de Pau Casals qui en est l’âme et l’origine : la musique doit véhiculer la paix, sans cette paix, pas de bonheur, pas de plénitude de vie, pas de fraternité, pas de justice, pas d’espérance.

A propos d’espérance, j’entends encore résonner en moi ces paroles prophétiques du Pape St Paul VI qui en octobre 1965 à la clôture du Concile Vatican II s’adressait ainsi aux artistes : « Ce monde dans lequel nous vivons a besoin de beauté pour ne pas sombrer dans le désespoir ».

57 ans après cette parole pontificale n’a rien perdu de son actualité. Et Paul VI de poursuivre en s’adressant toujours aux artistes : « Vous êtes les gardiens de la beauté de notre monde ».

Ainsi se dessine pour moi la vocation de l’artiste dans l’esprit de Pablo Casals et de Paul VI: « Messager de la paix, gardien de la beauté ».

Amis artistes, devant notre monde actuel marqué

  • par la résignation

  • l’agressivité, la violence, la guerre,

  • marqué par un manque de confiance dans les relations humaines,

  • par une espérance qui s’affaiblit,

vous continuez à cultiver la beauté par la musique, à temps et à contre temps.

Vous savez par expérience que la beauté libère de l’obscurité, notre vécu quotidien, pour le transfigurer afin de le rendre lumineux et beau.

Paix et beauté ne sont pas loin l’une de l’autre, La Paix est naturellement belle et la beauté porte en elle la douceur de la paix.

Mais la beauté, comme la paix sont aussi un chemin, une voie qui nous conduit à la transcendance. On dit souvent d’une œuvre musicale qu’elle nous transporte, qu’elle nous élève. Où ? Sinon Au-delà de nous-mêmes pour nous laisser deviner, appréhender des réalités que l’œil ne peut voir.

La beauté musicale et la paix qu’elle nous apporte contiennent en elles cette capacité

  • d’ouvrir et d’élargir les horizons de la conscience humaine,

  • de nous pencher sur l’abîme de l’infini,

  • de nous ouvrir une issue vers le Transcendant, vers Dieu,

(Benoît XVI, Rencontre avec les artistes 21 novembre 2009).

  • Cette ouverture à plus que nous-mêmes,

  • cette découverte que notre existence est plus grande que tout ce que nous pouvons en dire ou en vivre,

  • cet appel permanent à un dépassement de nous-même pour tendre vers toujours plus grand et toujours plus haut

sont tous trois, si proches de la foi, que si la beauté musicale touche à l’inaccessible, la foi au Christ y conduit pour être la porte qui ouvre sur la vie éternelle.

Cette quête est déjà présente dans la recherche de nos pères. Nous l’avons entendu dans la seconde lecture : « la foi est une façon de posséder ce que l’on espère et un moyen de connaître des réalités qu’on ne voit pas.

Et c’est ainsi que grâce à leur foi, Abraham, Isaac, Jacob attendaient la ville qui aurait de vraies fondations, la ville dont Dieu lui-même est le bâtisseur et l’architecte et qu’ils aspiraient à une patrie meilleure ».

Le monde de Dieu et le monde de l’art sont si proches que le Pape St Paul VI, ami des artistes disaient : « Votre art est celui de saisir du ciel de l’esprit, ses trésors et de les revêtir de mots, de sons, de couleur, de forme, d’accessibilité ».

Et en retour Benoît XVI affirme : « la foi n’ôte rien au génie de l’artiste, au contraire elle l’exalte et le nourrit, elle l’encourage à franchir le seuil et à contempler avec des yeux fascinés et émus le but ultime et définitif, le soleil sans crépuscule qui illumine et embellit le présent ».

L’Evangile qui a été proclamé, met en valeur la figure du serviteur. Elle nous rappelle que la vie chrétienne ne se joue pas en terme de pouvoir, mais de service, en étant toujours en état de veille, prêts à répondre aux besoins et aux appels de ceux qui se tournent vers nous.

Amis musiciens, vous avez reçu des dons, des talents, une sensibilité, non seulement pour les mettre au service de l’exécution et de la création musicale, mais pour les mettre à notre service comme vous le faites ce matin au cours de cette messe et pendant le festival.

Nous vous demandons ce service, parce que nous en avons besoin pour la paix de notre âme, pour nous laisser s

aisir par la beauté, pour entretenir en nous cette flamme fragile de l’Espérance, faire chanter notre foi et « entonner les chants de louange des pères ».

Tout ce qui vous a été donné, vous nous le communiquez, et plus vous nous le communiquez, plus nous accueillons les merveilles de votre art et plus vous recevez davantage, pour en atteindre le sommet. Merci.

Il en va de même pour le témoignage de notre foi, plus nous la communiquons, plus elle trouve un écho dans le cœur des autres et plus elle fructifie en nous.

« Messagers de la paix, gardiens de la beauté au service de tous ». Voilà me semble-t-il de quoi remplir une vie d’artiste tout autant que nos propres vies.

Marie, dans son Magnificat chante Dieu et ses merveilles. Elle y met tout son cœur toute sa foi et son espérance, elle l’humble servante du Seigneur. Qu’elle vous inspire des chants de joies, de paix, de bonheur et d’espérance pour nous garder toujours en état d’émerveillement. AMEN.