Rentrée de l’Enseignement Catholique et inauguration de la nouvelle école du Sacré Coeur à Espira de l’Agly

Rentrée de l’Enseignement Catholique et inauguration de la nouvelle école du Sacré Coeur à Espira de l’Agly

By vincent in A la une, Actualités, Actualités & Évènements, Évènements, L'évêque, News, Non classé, Paroisses on 30 août 2022

C’était sans doute la dernière rentrée de l’enseignement catholique pour Monseigneur Turini dans notre diocèse de Perpignan Elne. Vendredi 26 août, l’administrateur apostolique présidait une messe d’action de grâce à Espira-de-l’Agly pour la rentrée des chefs d’établissements et des assistants en pastorale scolaire de l’Enseignement catholique de l’Aude et des P.O., accompagné de Monseigneur Alain Planet, Évêque de Carcassonne et Narbonne. Ce fut l’occasion d’inaugurer et bénir les travaux de la nouvelle école primaire du Sacré Coeur.

Sœurs et Frères,

Cet Evangile a été choisi, je pense, parce qu’il nous rappelle la situation qui est la nôtre : celle d’accueillir des enfants et plus largement des élèves, adolescents, et grands jeunes dans nos établissements, en les laissant venir à nous.
Ce que nous pouvons retenir c’est le contraste qui existe entre l’attitude des Apôtres qui veulent les écarter et Jésus qui les met en avant.
Au temps de Jésus nous le savons, bien que les enfants soient une bénédiction de Dieu pour leur famille, ils n’ont que peu d’importance dans la vie sociale. Ils n’avaient pas non plus le niveau pour écouter la prédication du Maître. Ils étaient à l’âge d’apprendre et ne pouvaient pas tout comprendre.
Donc pour les disciples, il ne sert à rien qu’ils viennent importuner Jésus et ils croient bien faire en les renvoyant.
Cependant Jésus casse les codes et il se fâche contre ses disciples en leur reprochant leur attitude. Au contraire, au lieu de les rejeter, il les accueille, comme il accueille d’ailleurs toute personne, malade, exclue, pauvre, mal vue par les autres. Il laisse venir à lui : « Laissez les enfants venir à moi ».
C’est un sujet délicat dans l’Enseignement Catholique. Dans certains milieux nous nous sommes faits reprocher d’être une école de riches qui n’accueille que les meilleurs élèves et en laissent d’autres sur le carreau. Une école qui n’est pas accessible à tous.
Et en même temps, il nous faut veiller à la bonne réputation de nos établissements.
Où placer le curseur ? Faut-il créer des établissements d’excellence et d’autres plus adaptés aux moins brillants ?
Nous ne sommes pas une entreprise qui recrute des élites, mais nous participons au service public d’éducation avec notre caractère propre. Nous sommes catholiques, non ? Donc ouverts à tous.
Un service qui a comme priorité le bien de l’élève quel que soit son âge, sa situation familiale, sa religion ou pas, sa nationalité.
Un service où l’élève est au centre du projet pastoral et éducatif, lesquels contribuent à l’épanouissement de toute sa personne, corps, cœur, esprit, âme, intelligence.
Jésus nous place non seulement dans un mouvement d’accueil de tous, mais il en fait un impératif pour lui et donc pour nous : « Laissez venir à moi les petits enfants ». Il ne veut aucun obstacle entre lui et eux.
Bien entendu, il est difficile de mettre dans une même classe des élèves doués avec d’autres qui sont en échec scolaire et qui ne pourront pas suivre. Je prends volontairement deux extrêmes !
L’Evangile ne traite pas de cette question-là, mais Jésus nous appelle à acquérir un état d’esprit : « Comment dans mon établissement, chacun peut trouver sa place, comment je peux aider l’élève à la trouver sans exclure, mais en le laissant venir, bref en l’accueillant tel qu’il est ». C’est délicat et difficile j’en conviens.
Mais rien n’est plus terrible quand un enfant, un adolescent ressent qu’il est lui-même un obstacle à la bonne marche d’un établissement et que donc, nous n’avons pas besoin de lui et qu’il n’est plus désiré.
Il est possible que l’expression état d’esprit vous gêne, on peut parler à la place de qualité de regard. Vous l’avez constaté dans l’Evangile, Jésus ne regarde pas comme ses disciples.
Don Bosco utilisait un mot « benevolenza » : que l’on peut traduire en français par bienveillance, mais qui en fait est difficilement traduisible par ce seul mot.
De fait, il s’agit de bien voir l’autre, de bien discerner dans l’autre, de bien veiller sur l’autre pour viser à son bonheur, à son plein épanouissement, à la réussite de sa vie.
Même si l’on ne va pas jusqu’au bout du chemin de sa scolarité avec lui, c’est cet état d’esprit ou ce regard de « benevolenza » dont l’élève se souviendra toujours parce que nous aurons donné toute sa valeur à sa vie et ce, quel que soit son niveau scolaire.
Mais cela nous entraîne plus loin dans la pensée de Jésus. Ces enfants, peut-être poussés par leur mère et que Jésus place au centre, sont signes de Son Royaume. Autrement dit, son Royaume se révèle à travers eux. Je conçois qu’il est parfois difficile de le voir chez certains élèves ! Il faut faire de gros efforts.


Mais dans la foi, même s’il faut faire un effort, nous croyons qu’en chaque enfant, en chaque jeune, il y a au plus profond de lui, plus grand que lui, plus grand que ce qu’il est. Il y a cette part de diamant qui le révèle meilleur que ce qu’il n’y paraît.
Et c’est la grâce de notre Enseignement Catholique: découvrir qu’habite en chaque élève, cette paternité de Dieu qui l’aime parce qu’il est son enfant et que le Père dans Son Royaume n’a qu’un seul désir : réunir dans son amour sans mesure ses enfants que nous sommes tous.
Si nous posons le regard de l’éducateur sur nos élèves, posons aussi ce regard spirituel. Cela change tout.
C’est un regard qui va plus loin pour saisir la vérité de chaque personne et toute la beauté de sa vie intérieure éclairée, illuminés par l’amour de Dieu.
Jésus regarde plus loin que l’apparence, ou que l’appréciation que l’on porte sur ces enfants. Il voit resplendir au fond de leur cœur l’amour de Son Père qui est la seule loi de Son Royaume, le chemin qui nous y conduit.
Il nous invite à prendre ce chemin, à le découvrir en aidant nos jeunes à parcourir le leur.
C’est tout un travail sur nous-mêmes, sur moi-même d’acquérir cette clairvoyance, de voir le ciel dans les yeux de l’autre. C’est une grâce qu’il nous faut demander au Seigneur à l’occasion de cette pré-rentrée.
A y regarder de près, je crois que dans notre mission éducative, finalement nous ne sommes pas très loin du Royaume. Entre la terre et le ciel, il y a ces enfants et ces jeunes qui parfois nous agacent, nous surprennent, nous désorientent, nous découragent, nous étonnent, voire nous émerveillent.
Ils vivent des progrès, des réussites, des échecs, des épreuves.
Ils sont adorables, insupportables, mais à travers leurs contradictions, ils sont là dans notre quotidien. Ils se construisent avec nous et quelque part ils nous construisent. Dans cette construction réciproque, quelque chose de plus grand s’édifie : ensemble nous avançons dans le sens de la vie et plus loin encore. Le Royaume de Dieu est là tout près de nous. Avec Jésus, c’est presque un jeu d’enfants !
Au fond de notre cœur, comme Jésus l’a fait avec ces enfants qui venaient à lui, bénissons ces élèves que nous allons découvrir ou revoir bientôt. Plaçons-les ainsi sous la protection du Seigneur.

Demandons-lui également de bénir notre mission, particulièrement celles et ceux qui la commencent dans nos diocèses respectifs. Bénis Seigneur Françoise, Thérèse et Joëlle qui arrivent au terme d’une mission pour repartir sur des nouveaux chemins qui s’ouvrent pour elles.
En ce qui me concerne : « j’ai fait la route, celle qui m’a mené à vous il y a 7 ans dans ce beau diocèse de Perpignan-Elne que j’aime ». Mais le Seigneur me demande de la reprendre à nouveau. Alors, mon bâton de pèlerin en mains, je repars pour avancer plus loin vers mon troisième diocèse de Montpellier.

Merci de m’accompagner de votre amitié et de votre prière. Bientôt, je l’espère, un nouveau pasteur me succèdera ici, priez déjà pour lui. Vous avez contribué à faire mon bonheur, je sais que vous saurez vous employer à le rendre heureux comme je l’ai été.

AMEN.