Sainte Geneviève veille sur les gendarmes de notre diocèse

Sainte Geneviève veille sur les gendarmes de notre diocèse

By vincent in A la une, Actualités, Actualités & Évènements, Évènements, L'évêque, News, Non classé on 26 novembre 2021

Ce vendredi 26 novembre, les gendarmes du groupement des Pyrénées Orientales fêtaient leur Sainte Patronne : Ste Geneviève. En la cathédrale Saint Jean-Baptiste de Perpignan, Monseigneur Turini a célébré la messe pour la solennité de Sainte Geneviève, devant une assistance de gendarmes nombreuse, au premier rang desquels le colonel Arnaud Goudard, nouveau commandant de groupement qui côtoyait Etienne Stosfkopf, préfet des Pyrénées Orientales. De nombreux élus étaient également présents pour l’occasion avec le devoir d’accompagner les forces de l’ordre.

Sœurs et Frères,

Je crois profondément qu’être gendarme, est une belle vocation humaine. Vous me direz vocation, mais c’est réservé au monde religieux. Non, il y a en toute personne croyante ou pas un appel intérieur qui l’ouvre à un choix de vie pour son épanouissement personnel et spirituel.

Cela suppose bien évidemment que cet appel soit entendu et que la réponse suive, car, on peut accepter ou refuser librement un appel.

 

Mais si l’on répond positivement, les signes confirmant le choix qui en découle sont :

  • le ressenti d’un vrai  bonheur,
  • celui d’être comblé,
  • le sentiment d’être utile, et, malgré les obstacles,
  • la passion qui donne des ailes.

Ainsi, si je me reconnais dans ces quatre signes, je peux affirmer que c’est bien cette vocation et pas une autre qui répond à mes espoirs et à mes attentes.
Je pense que l’on ne devient pas gendarme par hasard. Il y a certainement des prédispositions chez celui ou celle qui se sent appelé :

  • le désir de mettre sa vie au service des autres,
  • celui de protéger les personnes et les biens,
  • assurer la sécurité des populations,
  • rétablir la paix par-delà les conflits.

Toutes les vocations ont un point commun : le don de soi qui va parfois jusqu’au péril de sa vie. Certains de vos camarades, malheureusement l’ont perdu, en assurant le maintien de l’ordre dans les opérations intérieures ou extérieures.
Nous les portons ce matin dans notre prière.

Oui, être gendarme c’est exposer sa vie.

Vous ne traitez pas uniquement que les infractions, mais vous allez à la rencontre des personnes pour

  • ouvrir le dialogue,
  • faire de la prévention,

particulièrement dans des quartiers sensibles et plus largement avec l’ensemble des citoyens jeunes et adultes.
Cette vocation a aussi son volet pédagogique qui permet de former la population

  • au civisme,
  • au respect de l’autre et des autres,
  • à celui du bien commun,
  • au respect des lois et à leur application.

A travers ces multiples missions, le gendarme s’efforce de rendre la vie en société plus humaine et plus belle.
C’est une grande vocation, mais c’est aussi un défi car vous le mesurez bien mieux que moi, le climat anxiogène et instable dans lequel nous baignons, propice au débordement de  violence et vous voilà à nouveau sur le terrain avec des prises de risques énormes aux contact de manifestants déchaînés et de manifestations enflammés.  Toujours la même mission :

  • éviter le chaos,
  • contenir les « casseurs »,
  • limiter les sinistres corporels et matériels,
  • rétablir l’ordre

bref protéger. Cette présentation de votre « vocation », est pour moi, l’occasion de vous rendre hommage et de vous remercier en notre nom à tous, d’être en quelque sorte nos « anges gardiens ».
Si Geneviève, votre Sainte patronne vivait aujourd’hui, elle pourrait être gendarme.  Des aspects de sa vocation se retrouvent dans la vôtre et réciproquement.
Tout d’abord en 451, elle n’a que 28 ans, alors qu’Attila et les Huns font le siège de Paris, Geneviève par sa force de caractère et son courage, sauve les habitants en les convaincant de ne pas quitter la ville et de résister à l’invasion.
S’ils sortent de la cité, ils seront tous exterminés.
Elle les sauve d’une mort certaine. On doit à Sainte Geneviève ces paroles célèbres : « Que les hommes fuient, s’ils veulent. S’ils ne sont plus capables de se battre, nous les femmes, nous prierons Dieu tant et tant qu’il entendra nos supplications ».  Ces paroles nous disent la pugnacité de son tempérament, mais aussi sa force spirituelle. En elle se rejoignent, l’action et la contemplation.
En 465, Childéric, roi de la dynastie des mérovingiens, père de Clovis, futur Roi des Francs, entreprend à son tour le siège de Paris et Geneviève parviendra à ravitailler la capitale en blé de la Brie et de Champagne, en forçant le blocus par la Seine, évitant ainsi aux parisiens de mourir de faim.
Geneviève va prendre des initiatives et des responsabilités hors de proportion avec son statut de femme, à l’époque où elle vit. Elle agit comme Judith à qui Ozias l’un des chefs du peuple, rend ce témoignage entendu dans la première lecture : « « Tu as risqué ta propre vie pour la cause de notre nation humiliée et tu es intervenue pour empêcher notre ruine, en agissant résolument sous le regard de notre Dieu ».

Votre Sainte Patronne est une femme au caractère trempée qui ne renonce jamais. Mais le moteur intérieur de sa vie, c’est sa foi et sa consécration spirituelle. Tout le reste lui est donné en plus.
On peut parler en elle, de force et de grandeur d’âme, mais n’est-ce pas à cela aussi qu’est appelé le gendarme. Il est un militaire au contact des personnes, au contact de la vie dont il se fait proche le plus possible pour secourir celles et ceux qui sont en danger et mettre hors d’état de nuire ceux qui leur font du mal.
Il faut aimer un peu les gens pour vivre cette proximité et j’espère qu’en retour, ils vous reconnaissent cette force et cette grandeur d’âme.
Mais excusez-moi d’être intrusif, vous prenez soin des autres, mais prenez vous soin de votre âme ? Est-ce que vous prenez le temps de descendre au plus intime de vous-même, dans votre sanctuaire intérieur pour y recueillir, vos raisons d’être, d’espérer, de vivre, d’aimer, de croire en ce que vous faites pour continuer ?
Ce que je vous dis là, se retrouve dans cette rencontre entre Jésus et ces deux femmes. Marthe est une femme admirable, qui sait recevoir, qui veut bien faire pour honorer son hôte de marque. En ce sens nous sommes tous comme elle. Aucun d’entre nous ne veut rater la mission qui lui est confié.
Peut-être que Marthe en fait trop au point de ne plus penser à l’essentiel : Jésus, son invité. Elle agit bien, de manière irréprochable, comme vous certainement, mais au risque de ne plus voir l’autre, si ce n’est comme un cas à résoudre, un problème à régler, un hôte à nourrir, alors qu’il est une personne à écouter, à accueillir, avec sa vie, ses problèmes.
Cela suppose un regard intérieur, c’est ce que vit Marie, sa sœur.
Elle regarde avec son cœur. Je comprends que c’est difficile pour vous de faire du sentiment avec toutes les personnes que vous appréhendez, et celles qui viennent porter plainte à la gendarmerie.
Mais il serait terrible que l’action anesthésie

  • la relation,
  • la rencontre,
  • l’accueil et
  • l’écoute de l’autre.

Le danger qui nous guette tous, c’est d’être emporté dans le tourbillon d’un activisme sans âme qui au bout du compte finit par tourner à vide et nous déshumanise.
Marie n’est pas moins bonne cuisinière que sa sœur, mais elle a pris le parti d’écouter Jésus qui lui parle, de rester avec lui. Elle lui donne la première place. Elle lui manifeste par son attitude qu’il compte pour elle. C’est le primat de « l’être avec » sur le faire, qu’il ne faut pas négliger mais resituer à sa juste place.
En premier l’accueil et l’écoute. Se nourrir de la présence de l’autre, n’empêche pas de le nourrir ! Les Petits Frères des Pauvres qui accompagnent nos grands ainés ont une devise : « Les fleurs avant le pain ».
C’est parce que Sainte Geneviève se tenait aux pieds de Jésus et l’écoutait parler à son cœur et à son âme, qu’elle a trouvé la force d’agir pour sauver à deux reprises les parisiens de l’anéantissement.
Je vous souhaite de découvrir en vous cette source intérieure, qu’elle irrigue tout votre être afin que vous trouviez toujours du sens à ce que vous êtes et que vous faites et que vous ne soyez jamais blasés. Que cette source soit force de renouvellement et vous enracine dans la beauté, la noblesse et le courage de servir avec cœur, celles et ceux vers qui votre vocation et votre mission vous envoie.
J’invoque pour vous Sainte Geneviève, votre patronne et votre protectrice. Qu’elle attire sur vous, vos familles, tous vos camarades, le secours et la bénédiction du Seigneur.

AMEN.