Semaine de prière pour l’unité des chrétiens : « Témoins d’une seule et même étoile »

Semaine de prière pour l’unité des chrétiens : « Témoins d’une seule et même étoile »

By vincent in A la une, Actualités, Actualités & Évènements, L'évêque, News, Semaine de l'Unité Chrétienne du 18 au 25 Janvier on 24 janvier 2022

Samedi 22 janvier, Mgr Turini et La Pasteure Nikola Kontzy-Meresse, ont animé un temps de prière oecuménique au Temple Protestant de Perpignan. Notre Père Évêque y a prêché sur les racines communes pour atteindre un but commun : le Christ.

« Soeurs et Frères en Christ,

Pour un chrétien, il n’y a pas de hasard, il n’y a que des signes. C’est à partir du signe de l’étoile, envoyé par le Seigneur, que les Mages se mettent en route.
Cela ressemble à notre aventure œcuménique. Trois personnages différents. La tradition, pour les distinguer les a nommés Gaspard, Melchior et Balthazar.

Ici, tous chrétiens mais de confessions différentes, luthéro-réformés, baptistes, évangéliques, adventistes, catholiques, mais témoins d’une seule et même étoile : La Parole de Dieu qui nous conduit à l’enfant de la crèche, à notre unique Sauveur.
En tout cas, ces trois hommes, les mages, ont décidé de faire route commune pour ce long voyage. C’est le premier pas de l’œcuménisme : voulons-nous être du voyage ? Partir ensemble pour cette aventure ?
Cela commence par s’accueillir, se recevoir, mutuellement comme des sœurs et frères en Christ qui font de leurs diversités des ponts et non pas des murs.

Aller les uns vers les autres dans la joie de se rencontrer et de se mieux connaître, heureux d’être ensemble, c’est ce que nous rendons visible en ce moment même.
Si notre étoile, c’est la Parole, notre route commune c’est la prière. Et nous savons que la prière nous fait toujours atteindre le but de notre vie : le Christ. Bien entendu, nous n’attendons pas la Semaine de prière pour l’Unité des Chrétiens pour prier les uns pour les autres, les uns avec les autres. Tout au long de l’année une fraternité spirituelle et réelle se créée entre nous et nous unit. Par des évènements, des temps gratuits de rencontres, de partage, d’amitié.

Ce n’est pas utile qu’elle soit nécessairement démonstrative, elle existe ou plus profondément, c’est le Christ qui la fait naître et grandir en nous. C’est sa prière et son désir à Lui : « Que tous soient uns ». Nous cherchons ensemble à avancer dans ce sens.
Ces mages se connaissaient-ils avant leur grand voyage de la foi ? Je ne sais pas, mais le chemin parcouru en commun les a certainement rapprochés et permis de resserrer leurs liens.

La prière vécue ensemble nous rapproche, resserre nos liens spirituels et fraternels, nous apprend à mieux nous respecter et nous estimer.
Ce qui est merveilleux, c’est que ces trois hommes ont tout misé sur cette étoile, avec une certitude et une confiance quasi absolues, certains que d’après leurs observations et leurs calculs savants, elle répond à leur quête et à leur interrogation profonde : « Où est le Roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile. » Mt 2/2.

Un signe n’existe pas pour lui-même. Il renvoie toujours à une réalité et y conduit. Les mages n’ont pas adoré l’étoile. Le signe s’efface devant la réalité qu’il annonce : la naissance du Sauveur. Le signe permet de mettre en présence.
Avec nos histoires différentes, avec nos différences tout court, nous suivons la Parole de Dieu, nous lui faisons confiance.
Elle nous ouvre à la rencontre avec le Christ. Elle nous met en Sa Présence chaque fois que nous la lisons, la proclamons, la méditons, pour rendre hommage au Prince de la Paix, dans ce Fils que le Père nous a donné. La Parole de Dieu est le Roc sur lequel nous prenons appui pour avancer à la rencontre du Christ, parce que tout en elle nous parle déjà de Lui.
Et malgré nos différences, je le répète, le chemin qui nous y conduit c’est la prière.

Confiance en l’étoile pour les Mages, confiance dans la Parole pour les chrétiens que nous sommes, mais pour les Mages confiance entre eux. Est-ce qu’elle existait au départ ? Je n’en sais pas plus. Mais en tout cas, elle est manifeste devant l’attitude d’Hérode.

Ils ont senti en lui ces logiques obscures du pouvoir qui sèment la mort et massacrent des pauvres et des innocents. Alors comme un seul homme, ils décident de ne pas retourner chez Hérode, après leur visite à Bethléem. Ils restent unis dans la confiance. Et c’est encore ensemble qu’ils repartent par un autre chemin celui de la mission, de l’annonce.

Le chemin de la prière débouche toujours sur celui du témoignage.

La rencontre avec Jésus ouvre toujours de nouvelles routes pour la mission, des chemins nouveaux pour apporter l’Evangile au cœur de celui qui est indifférent, loin, de celui qui a perdu l’espérance, mais qui cherche ce que les Mages ont trouvé « une très grande joie » Mt 2/10. C’est la créativité de l’Esprit qui fait toute chose nouvelle.

Oui, l’aventure œcuménique passe par la confiance, mais ce n’est pas aussi facile que ça en a l’air.  J’aime traduire le mot confiance de manière littérale : AVEC FOI.

C’est avec ma foi que je t’accueille différent de moi, comme ces trois mages se sont accueillis tels qu’ils étaient.  Ma foi en Christ forgé, façonné par le signe de la Parole et par le chemin de la prière, si elle me conduit à Lui, elle me conduit à toi, mon frère, ma sœur en Christ.

Et si je vais au bout de la confiance, je ne veux pas te changer pour que tu crois comme moi, mais je recevrai de toi, ce qui manque à ma foi pour être avec toi disciple du Seul Seigneur, Jésus-Christ. Alors là oui, nous sommes vraiment dans la confiance, dans l’accueil véritable et dans la fraternité authentique, parce que, j’ai foi en toi.

Et même si pour le moment on ne peut partager ensemble le même pain, on peut se mettre autour de la table de la Parole en toute confiance. Ce qu’elle t’inspirera et ce qu’elle m’inspirera mis en commun, telle l’étoile des mages, nous mettra en présence de l’enfant qui nous est né, pour nous réjouir comme eux de sa contemplation et lui rendre hommage.

Oui, mes chers sœurs et frères, la prière nous a fait faire un sacré chemin et il n’est pas fini, la Parole a éclairé notre route et nous voici devant Lui.

Nous n’avons pas d’or à offrir au Roi, d’encens à notre Dieu, ni de myrrhe pour son ensevelissement, mais nous avons nos vies, notre foi, notre amour et notre Espérance à lui partager, avant de reprendre la route pour l’annoncer. Car c’est toujours à partir de lui que le voyage de notre foi, l’aventure œcuménique que nous vivons ensemble prend un nouvel élan. Elle s’accomplira seulement en Sa Présence. Alors comme dans les nuits les plus obscures brille une étoile, nous devenons l’étoile du Seigneur qui fait signe et éclaire l’humanité en prenant soin d’elle. Nous devenons des étoiles les uns pour les autres.

Mais une dernière chose : c’est la volonté, je dirai plutôt le désir comme celui des Mages. « Désirer, dit le Pape François, c’est garder le feu qui brûle en nous et qui nous pousse à chercher au-delà de l’immédiat, au-delà du visible », chercher avec des yeux comme des fenêtres ouvertes sur le ciel.

Il y a ce qui est lié à Dieu, Sa Parole et le chemin de la prière, mais il y a ce qui dépend de nous : notre désir ou pas de marcher ensemble sur le chemin de l’Unité qui n’est pas uniformité, ou syncrétisme, comme une sorte d’Espéranto chrétien, où l’on ferait tous la même chose, où l’on dirait tous la même chose.

Le vrai désir, c’est d’aller vers Dieu qui nous ouvre à l’amour pour lui et à l’amour des frères et des sœurs au-delà des différences, parce que tous enfants d’un même Père et frères et sœurs de Son Fils unique.

Ce désir je l’ai évoqué plus haut s’enracine dans celui du Christ : « Que tous soient uns, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé » Jn 17/21.

Quand vous offrez de l’or de l’encens, de la myrrhe, c’est que vous avez les moyens de le faire et un statut social confortable, une sécurité matérielle qui vous pousserait à rester tranquilles chez vous, plutôt que de courir après une étoile à dos de chameaux. Mais leur désir de chercher en Dieu un nouvel horizon à leur vie a été le plus fort jusqu’à prendre le risque de tout quitter. Il a élargi leur regard, poussé leur existence au-delà des barrières de l’habitude, de la gestion du quotidien. Ce désir les a sortis d’une vie répétitive leur ouvrant et leur offrant la perspective d’un nouvel élan, d’un nouveau souffle, bref d’une vie nouvelle.

Le désir de Dieu, est ouverture sur la vie, sur le monde, sur l’histoire des hommes et leur soif spirituelle. Il permet un chemin de rencontre, mais à la condition que nous ne nous cadenassions pas derrière les portes de nos Eglises, mais que nous soyons des chrétiennes et chrétiens en sortie missionnaire, à l’écoute des espérances, des interrogations, des doutes, des désirs des personnes de notre temps. Dieu aussi nous interroge et se laisse interroger.

Notre recherche de l’Unité passe également par cette écoute attentive et respectueuse les uns des autres qui suppose que nous nous laissions questionner les uns par les autres, condition nécessaire pour ne pas se fermer les uns aux autres et interdire ainsi tout dialogue.

Avec notre liberté et notre volonté avançons sur ce chemin de l’Unité avec ses progrès et ses obstacles, ses fragilités et ses richesses.

Les 3 mages nous ont ouverts la route. Que ce beau temps commun de prière, nous donne le goût de le poursuivre de tout notre cœur, avec tout notre désir et de toute notre foi.

Nous remercions le Conseil des Eglises du Moyen Orient qui ont fait lever en nous tous l’étoile. Elle s’arrête aujourd’hui sur notre assemblée pour qu’ensemble nous rendions grâce au Seigneur de sa présence au milieu de nous et nous en réjouissions.

ALLELUIA.  AMEN